
Vous êtes accompagnant deuil, coach, thérapeute ou praticien de la santé mentale, vous vous demandez quelles sont les stratégies qui permettent aux personnes endeuillées de développer leur résilience face à leur perte ?
Le domaine de la psychologie de la résilience fournit des informations importantes et précieuses à ce sujet qui doivent être transmises aux personnes en deuil pour les aider à gérer leur deuil.
L’ironie cruelle du deuil, c’est qu’au moment où une personne a le plus besoin de ses forces et de ses compétences pour faire face à cet immense défi, elle se sent souvent la plus vulnérable et la plus impuissante.
Ce qui est encore plus frustrant, c’est que la plupart des formations et des ressources en matière de deuil dans le monde s’appuient encore sur des théories dépassées et démenties qui placent la personne en deuil dans un rôle passif, capable uniquement de supporter et d’attendre que les choses s’améliorent (Avis, Stroebe, & Schut, H. (2021)).
Voici trois vérités fondamentales sur la résilience, ainsi que des outils et des techniques pour aider les personnes en deuil à changer de perspective, à renforcer la confiance dans leur capacité à faire face et à développer l’espoir d’y parvenir.
La résilience n’est pas rare mais étonnamment commune
Les êtres humains sont conçus pour faire face à l’adversité et à la perte. En fait, la résilience est la réponse la plus courante au deuil.
« Des décennies de recherche ont constamment montré que le résultat le plus courant à la suite d’un traumatisme potentiel est une trajectoire stable de fonctionnement sain, ou résilience. » (Bonanno, 2021)
Ces recherches sont claires : la résilience est la façon dont la majorité des gens réagissent au deuil et à toutes sortes d’événements potentiellement traumatisants. La plupart des gens réussissent à faire face au deuil avec le soutien de leur famille et de leurs amis et n’ont pas besoin d’une attention clinique de la part des professionnels de la santé mentale (Aoun et al., 2018 ; Jordan & Neimeyer, 2003 ; Stroebe et al., 2007).
Partager ces données aux personnes en deuil rassure énormément. Savoir que la majorité s’en sort permet de regagner confiance et espoir : « Savoir cela me fait croire que je vais m’en sortir ». « Si c’est possible pour la plupart des gens, alors je peux le faire aussi ».
Toutes sortes de mythes et de contre-vérités inutiles sont véhiculés auprès des personnes endeuillées, les mettant en garde contre les risques auxquels elles sont désormais confrontées.
Si vous apportez un soutien, un accompagnement ou des conseils aux personnes en deuil, contribuez à diffuser une vérité plus encourageante, à savoir que la résilience est la réponse la plus courante et que les personnes en deuil peuvent survivre à leur perte et à leur chagrin, et qu’elles y parviendront.
La résilience requiert des processus très ordinaires
Anne Masten, chercheuse en résilience, décrit la résilience comme une « magie ordinaire ». Les compétences et les outils qui nous aident à faire face aux adversités de la vie ne sont pas extraordinaires. Ce sont des façons de penser, d’agir et d’être qui sont à la portée de tous.
La résilience se construit dans les choix que nous faisons dans les micro-moments de nos journées. Comme je le rappelle régulièrement dans ma pratique auprès de personnes en deuil, il n’est pas nécessaire d’être un super-héros : il suffit de mettre en pratique quelques compétences ordinaires pour y parvenir.
Il existe de nombreuses ressources internes qui renforcent la résilience. Vous pouvez, par exemple, les aider à développer leur conscience de soi, leur auto-compassion, leur espoir et leur agilité mentale, à connaître et à utiliser leurs forces personnelles et à pratiquer un optimisme fondé ou réaliste. Je reviendrais plus précisément sur certaines de ces ressources dans un prochain article.
Pour ce qui est de l’agilité mentale par exemple, il s’agit de la capacité à concentrer son attention là où on le souhaite. Les personnes résilientes sont capables de concentrer leur attention sur les choses qui comptent et qu’elles peuvent contrôler. C’est facile à dire, mais pour la plupart des gens, il faut beaucoup d’entraînement pour arrêter de penser à un souci ou une difficulté.
En tant qu’accompagnant, thérapeute, praticien, vous pouvez aider les personnes en deuil à clarifier ce qui compte le plus pour elles aujourd’hui et ce qu’elles peuvent faire pour y remédier.
Pour beaucoup de personnes, faire une liste des choses qui comptent et entourer celles qu’elles peuvent contrôler est une première étape utile. Si c’est important et qu’elles peuvent le contrôler, elles peuvent ainsi élaborer un plan et passer à l’action.
Un autre aspect de l’agilité mentale est la flexibilité de la pensée, qui consiste à ne pas s’enfermer dans une seule explication des événements et à être capable d’envisager d’autres possibilités. Dans ma pratique, il m’arrive régulièrement d’entendre des propos du style » De toute façon, mes proches sont déjà passés à autre chose…« . Lorsque je leur demande les preuves de cette croyance, j’entends que leurs amis ou famille ne les ont pas appelé les derniers jours, ou qu’ils ne vont pas aussi régulièrement sur la tombe, qu’ils ne parlent pas régulièrement de la personne décédée, ….
Lorsque je leur demande s’il pourrait y avoir d’autres explications plus probables … d’autres points de vue émergent comme : « ils craignent de me déranger ou de m’envahir », « ils ont peur de me faire encore plus de mal en me parlant de ma perte », « ils vivent le deuil d’une autre manière et ont des rituels différents du fait d’aller au cimetière tous les jours », ….
Encouragez les personnes en deuil à explorer leurs points de vue et à développer leur souplesse d’esprit en leur posant des questions telles que :
- Quelles sont les preuves ?
- Quelle est l’autre explication possible ?
Une autre option consiste à les encourager à utiliser des amorces de phrases telles que : « Ce n’est pas tout à fait vrai parce que… » :
- Ce n’est pas tout à fait vrai parce que…
- Une autre façon de voir les choses est…
La capacité à identifier d’autres possibilités peut nous empêcher d’être victimes de la fausse certitude qui découle de conclusions hâtives avec peu ou pas de preuves, ou du fait de lire dans l’esprit des autres ce qu’ils pensent.
Il s’agit là de pratiques ordinaires et quotidiennes qui renforcent les capacités de résilience qui aideront les personnes en deuil à faire face à l’adversité.
L’importance des autres pour la résilience
Le vieux mythe du héros indomptable, seul contre le monde, n’est qu’un mythe. La vérité, c’est que la connexion est la compétence de base de la résilience qui permet à l’être humain, de traverser les périodes les plus sombres.
Un élément plus fiable de la résilience est la réponse à cette question : « Face à une adversité majeure, y a-t-il quelqu’un que vous pourriez appeler à n’importe quelle heure, pour obtenir du soutien ? »
La connexion est le fondement de la résilience. Les êtres humains sont des créatures sociales et nous sommes câblés pour nous connecter aux autres. Nous avons tous besoin de compréhension, de validation et d’attention.
Chris Peterson, chercheur et enseignant en psychologie, a, un jour, résumé l’ensemble du domaine de la psychologie positive en trois mots : « Les autres comptent « .
La résilience en matière de connexion ne se construit pas lorsqu’une tragédie survient. La résilience se construit tous les jours, lorsque ces relations ont été valorisées et nourries par de petits moments quotidiens, de concessions mutuelles, où la confiance et le soutien ont été créés.
L’isolement est un facteur de risque dans le deuil. Il peut être utile de rappeler aux personnes en deuil l’importance du lien social – même si c’est frustrant ou difficile. Dans ma pratique, je demande souvent aux personnes que j’accompagne, de situer les personnes importantes de leur vie sur un réseau de relations et d’évaluer leur satisfaction à l’égard de chacune d’entre elles.
En adoptant une approche fondée sur les points forts, je les encourage à noter ce qu’elles apprécient le plus dans les relations les plus satisfaisantes, comment ces personnes se comportent et ce qu’elles leur apportent. Je leur demande ensuite s’il y a quelque chose qu’elles font dans ces relations qu’elles estiment satisfaisantes qu’elles pourraient apporter dans les relations moins satisfaisantes.
Même dans les relations les moins satisfaisantes, il est important de leur faire remarquer ce que cette personne fait de bien, quels sont ses points forts, ce en quoi elle est douée… L’une des conclusions importantes de ce travail est que la plupart des gens ont quelque chose de bien à offrir, et que très peu de gens sont capables de fournir tout le soutien dont une personne pourrait avoir besoin.
Les relations peuvent être difficiles dans le deuil. Aider les personnes que vous accompagnez à surmonter ces difficultés tout en maintenant des contacts sociaux est un travail important et précieux.
Conclusion
Le deuil est difficile. Ne le rendons pas plus difficile qu’il ne l’est déjà. Rappelons aux personnes en deuil que la résilience est la réponse la plus courante à la perte et à d’autres adversités. Le simple fait de savoir que les êtres humains sont capables de faire face à l’adversité et à la perte peut inspirer de l’espoir et de la confiance.
La résilience est profondément humaine, imprégnée de liens et construite à partir de compétences et de stratégies ordinaires, quotidiennes, qui peuvent être apprises. Elle est à la portée de chacun d’entre nous si nous choisissons d’être curieux de nos modes de pensée et d’action et de la manière dont ils nous affectent.
La résilience est ce qui permet de faire face aux hauts et aux bas de la vie. Ce sont des compétences dont tout le monde a besoin. Pourquoi ne pas aider les personnes que vous accompagnez à les développer dès maintenant afin qu’elles soient mieux préparées à faire face à la perte ?
Si cet article vous a apporté un éclairage pour votre pratique, n’hésitez pas à laisser un commentaire. Vous pouvez également explorer les autres ressources et article sur ce blog pour vous-même ou pour les partager avec les personnes en deuil que vous accompagnez.