Comprendre les styles de deuil, identifier son propre chemin et gérer les différences familiales

La perte d’un proche est une épreuve universelle, mais la manière dont nous la traversons reste profondément personnelle. Les travaux de Kenneth Doka et Terry Martin sur les styles de deuil offrent un cadre précieux pour décrypter ces différences, souvent source d’incompréhension au sein des familles. En explorant cette théorie, cet article vise à vous aider à identifier votre propre manière de vivre le deuil, tout en fournissant des clés pour naviguer parmi les réactions variées de vos proches.

Les fondements de la théorie des styles de deuil

Le continuum de Doka et Martin : une révolution dans la compréhension du deuil

Contrairement aux anciens modèles linéaires du deuil, Doka et Martin proposent une vision dynamique où chaque individu évolue sur un continuum entre deux pôles : le deuil intuitif et le deuil instrumental. Cette approche reconnaît la complexité des réactions humaines, elles-mêmes influencées par la personnalité, la culture et les attentes sociales plutôt que strictement par le genre.

Le deuil intuitif : une tempête d’émotions

Caractérisé par une expression ouverte des sentiments, ce style se manifeste par des pleurs fréquents, un besoin de partager sa douleur et une sensibilité accrue aux émotions des autres. « Les personnes intuitives ressentent des vagues de tristesse qui submergent leur quotidien, cherchant souvent du réconfort dans les groupes de soutien ou les conversations profondes ».

Exemple : une mère dévastée qui trouve du soulagement en évoquant les souvenirs de son enfant disparu, et ce, malgré le regard parfois mal à l’aise de son entourage.

Le deuil instrumental : l’action comme bouclier

À l’opposé, le deuil instrumental se traduit par une canalisation cognitive ou physique de la souffrance. Les personnes concernées peuvent se lancer dans des projets commémoratifs, organiser des collectes de fonds ou s’investir excessivement dans le travail. « Leur chagrin s’exprime moins par des larmes que par une énergie dirigée vers la résolution de problèmes concrets ».

Exemple : un père construisant de ses mains un mémorial dans le jardin après le décès de son épouse ; ainsi, chaque clou enfoncé devient une manière de dialoguer avec l’absence.

Le deuil mixte : un équilibre qui alterne

La majorité des individus se situent entre ces deux extrêmes, alternant phases émotionnelles et périodes d’action. Cette oscillation naturelle est souvent mal incomprise par l’entourage, qui peut y voir une forme de contradiction.

Exemple : un frère endeuillé pourrait passer des soirées à compulser des albums photos dans la mélancolie, puis s’investir brusquement dans l’organisation d’une course caritative en mémoire de son proche.

Le deuil dissonant : le conflit intérieur

Ici, le style naturel de la personne entre en tension avec les normes sociales ou ses propres attentes. Ce décalage peut générer de la culpabilité, et/ou de l’isolement.

Exemples :

  • Une dirigeante habituée au contrôle pourrait se sentir malmenée et déroutée par ses sanglots incontrôlables
  • Un artiste réputé sensible s’enfermerait dans le silence par peur de décevoir son public

Identifier son style de deuil : pistes d’auto-observation

Les signaux clés pour identifier son style

  1. Réactions émotionnelles :
    • Intuitif : Tristesse palpable, crises de larmes spontanées, besoin impérieux de verbaliser.
    • Instrumental : Colère rentrée, rumination mentale, focalisation sur des tâches pratiques.
  2. Stratégies d’adaptation :
    • Intuitif : Recherche active de soutien social, écriture d’un journal intime, participation à des rituels collectifs.
    • Instrumental : Engagement dans des projets structurants, pratique intensive d’un sport, immersion dans le travail.
  3. Rythme énergétique :
    • Intuitif : Fatigue physique marquée, périodes de désorganisation.
    • Instrumental : Hyperactivité alternant avec de brèves phases d’abattement.

Exercice pratique : Notez sur une semaine vos moments de plus grande détresse. Sont-ils liés à des souvenirs envahissants (intuitif) ou bien à l’impuissance face à des problèmes non résolus (instrumental) ?

Gérer les différences en famille : stratégies concrètes

Le piège des attentes genrées

Malgré les avancées des travaux de Doka, les stéréotypes persistent : « On reproche encore aux hommes leur stoïcisme et aux femmes leur hypersensibilité ». Une étude montre que 68% des veufs ressentent une pression à « rester forts » pour leurs enfants, aggravant leur isolement.

Outils pour harmoniser les besoins au sein de sa famille

  1. Instaurer des rituels hybrides
    • Combinez une activité symbolique (allumer une bougie) avec une action concrète (planter un arbre) pour satisfaire intuitifs et instrumentaux.
  2. Désamorcer les malentendus 
    • Face à un proche qui évite les photos du défunt, formulez : « Je vois que cela te met mal à l’aise. Comment pourrions-nous honorer sa mémoire d’une autre manière ? ».
  3. Créer un calendrier partagé
    • Délimitez des plages horaires dédiées à l’évocation des souvenirs (pour les intuitifs) et d’autres axées sur des projets commémoratifs (pour les instrumentaux).
  4. Valider sans comparer
    • « Je te vois souffrir différemment de moi, mais aucune de nos douleurs n’est plus légitime » : cette phrase simple réduit 40% des conflits familiaux selon une enquête de l’Université de Montréal.

Conclusion : vers une acceptation mutuelle

L’enseignement ultime de Doka réside dans l’absence de hiérarchie entre les styles. Une méta-analyse portant sur 1 200 endeuillés montre qu’après 18 mois, les taux de résilience sont identiques quelle que soit la stratégie adoptée (https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19469075).

Affirmation libératrice : « Pleurer sans retenue ou se murer dans le silence ne sont pas des échecs, mais des dialectes différents du même langage universel : l’amour qui persiste au-delà de la mort. ». En apprivoisant ces nuances, les familles peuvent transformer leur chagrin en une force collective, tissant à travers leurs différences une mémoire plus riche et inclusive de celui ou celle qu’elles chérissent.

Vous n’êtes pas seul(e) dans ce chemin

Le deuil est une traversée intime, mais un soutien bienveillant peut vous aider à apprivoiser votre vécu, à vous reconstruire pas à pas en mobilisant vos ressources intérieures. Découvrez notre parcours numérique Deuil Résilient, un accompagnement structuré avec des outils et pratiques adaptés pour avancer à votre rythme, avec douceur.

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