Les 3 principaux mythes et idées reçues sur le deuil

Vous venez de perdre un être cher et vous vous demandez comment y faire face ? Vous pensez pouvoir vous appuyer sur votre entourage pour être conseillé, soutenu dans cette épreuve…. Vous pensez pouvoir aisément accéder à des informations utiles et aidantes pour vous permettre de cheminer à votre rythme dans le respect de votre singularité …

Seulement, assez rapidement, non seulement vous avez à faire face aux nombreuses émotions douloureuses qui vous assaillent, mais également à l’ensemble des idées, croyances de l’entourage et de la société sur ce à quoi le deuil devrait ressembler, ce que vous devriez faire … ce que vous devriez ne pas faire ….

Face à cela, vous vous sentez encore plus perdus, ne sachant plus ce qui est juste …

Si vous vous inquiétez de la façon dont vous gérez votre perte, sachez que vous êtes loin d’être seul(e) dans cette situation … En effet, de nombreuses personnes en deuil luttent contre la pression parfois écrasante qui les pousse à se conformer à des croyances inutiles et dépassées sur la façon de gérer un deuil ….

Et, ce sont ces principaux mythes et croyances sur le deuil que nous allons déconstruire, en raison de leur omniprésence dans la culture populaire, mais surtout de leur capacité à causer un réel préjudice dans le fait d’y croire, cela risquant de rendre votre cheminement inutilement plus difficile …

Il est en effet essentiel de comprendre et démystifier ces mythes pour trouver son propre chemin à travers la perte, sans le fardeau supplémentaire d’attentes irréalistes !

Mythe 1 : Le deuil suit un schéma et un calendrier précis

Pourquoi ce mythe ?

  • L’idée que le deuil se déroule selon une série prévisible d’étapes définies (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation) est l’un des mythes les plus répandus concernant le deuil. En effet, une étude a montré que 68 % du grand public pense encore que cette succession d’étapes, de phases est vraie. En réalité, il s’agit d’un modèle théorique de deuil qui a été élaboré par Elisabeth Kübler-Ross dans son ouvrage de référence « On death and dying« , en 1969. Mais ce modèle était basé sur des entretiens avec des patients en phase terminale et non avec des personnes en deuil.
  • Même si par la suite, Kübler-Ross a admis que « le chagrin est aussi individuel que nos vies, et que tout le monde ne passe pas par tous les stades ou étapes ou ne suit pas l’ordre prescrit« , il n’empêche que ce modèle de deuil s’est ancré dans la culture populaire du fait de sa simplicité et de son accessibilité.
  • C’est un modèle qui a été majoritairement enseigné dans les facultés de médecine, de psychologie et qui reste malheureusement aujourd’hui toujours enseigné dans les formations au deuil, cimentant ainsi son statut de cadre dominant pour la compréhension du deuil.

Préjudice potentiel

  • Dans mon travail auprès de personnes en deuil, je constate régulièrement les dommages causés par ce mythe. En effet, de nombreuses personnes se disent préoccupées par le fait qu’elles ne « feraient pas correctement leur deuil » soit parce qu’elles n’ont pas vécu certaines des étapes prescrites, soit parce qu’elles ne les traversent pas dans l’ordre établi.
  • Ce qu’il faut savoir, c’est que les études et recherches contemporaines sur le deuil ont réfuté ce modèle théorique du deuil par étapes, démontrant que le deuil est unique pour chaque personne et qu’il implique des émotions qui vont et viennent de manière totalement imprévisible. Tout comme chaque relation et chaque décès sont différents, la façon dont chacun va traiter et gérer la perte ne peut être qu’unique et singulière !
  • Cela fait désormais plus de 30 ans que des études remettent en cause ce modèle : Wortman and Silver (1989), Friedman and James (2008), Konigsberg (2011), Hall (2014), Stroebe, Schut and Boerner (2017) dont je cite quelques propos « La théorie des étapes ne doit pas être utilisée par les praticiens (médecins, thérapeutes, travailleurs sociaux, …) ou par les personnes en deuil elles-mêmes, comme cadre pour guider la compréhension du deuil (des autres et du sien)« , « Les personnes en deuil doivent savoir qu’elles ne doivent pas s’attendre à passer par des étapes » ….

L’alternative

  • Comprendre que chacun vit son deuil différemment, que celui-ci est aussi unique que son empreinte digitale, expression empruntée à Lucy Hone, Dr en Psychologie de la Résilience, qui a développé l’approche du « Deuil Résilient« . En effet, la façon dont chacun vit son deuil est déterminée par un certain nombre de facteurs (relation avec la personne décédée, circonstances du décès, croyances religieuses et culturelles, expériences antérieures, …).
  • Comprendre qu’il est normal et sain, plutôt que de s’attendre à passer de manière passive à travers les étapes supposées, de vouloir adopter une approche plus proactive en identifiant les façons de penser, d’agir et d’être qui aident à gérer les nombreux défis émotionnels et relationnels, afin de découvrir et expérimenter sa façon unique de traiter son deuil ….

Mythe 2 : Vous devriez vous en être remis à présent !

Pourquoi ce mythe ?

  • De nombreuses personnes en deuil subissent une certaine pression sociale, qui leur suggère de « passer à autre chose » ou de « surmonter sa perte, dans un certain délai« .
  • Cette croyance est enracinée dans le malaise sociétal face à toute manifestation de chagrin, en particulier lorsqu’il se prolonge. En effet, de nombreuses personnes se sentent mal à l’aise face aux émotions « négatives » de leur proche endeuillé et peuvent ainsi, pour faire diminuer leur propre inconfort, pousser leur proche à passer à autre chose.
  • Ce qu’il faut savoir, c’est que de nombreuses études scientifiques, les travaux de George Bonanno sur la résilience entre-autres, montrent que le deuil ne s’inscrit pas dans un calendrier précis. Ainsi, pour certains, la douleur de la perte d’un être cher peut être très temporaire alors que pour d’autres, cette douleur peut durer longtemps.

Préjudice potentiel

  • Ce mythe peut conduire à des sentiments d’isolement et de culpabilité lorsque vous continuez à ressentir de la douleur, du chagrin au-delà de ce que la société considère comme acceptable. Il pousse de plus les personnes en deuil à réprimer leurs émotions douloureuses ou à prétendre auprès de leur entourage qu’elles vont « bien » alors qu’elles sont en train de lutter !
  • Contrairement à ce mythe, les études contemporaines sur le deuil démontrent que le deuil n’a rien à voir avec le fait de passer à autre chose, mais qu’au contraire, la création de liens continus avec les personnes qui sont décédées est un moyen sain et adapté de surmonter la perte. Cela signifie qu’il est sain de continuer à parler de son proche, de prononcer son nom, d’entretenir sa mémoire, son héritage, …

l’alternative ?

  • Il est sain de laisser les émotions se vivre et se dérouler à leur rythme, à leur manière ! Ne vous attendez pas à ce que votre deuil suive un calendrier précis. Même des années plus tard, même en étant engagé dans la vie, en ayant retrouvé sa capacité à fonctionner, il est normal de ressentir par moment du manque, du chagrin…. Si cependant votre chagrin vous empêche de vous réengager dans la vie, de fonctionner dans le quotidien, cela peut être le signe d’un besoin d’aide par un professionnel.

Mythe 3 : le deuil n’est qu’une question de tristesse

Pourquoi ce mythe ?

  • On croit souvent que le deuil est uniquement une question de tristesse, de chagrin et que d’autres émotions comme la gratitude, la joie ou le rire ne sont pas appropriées voire totalement inadaptées en contexte de deuil. Cette croyance s’inscrit dans le fait que le deuil serait un processus unidimensionnel ….
  • Or, la recherche réfute cette vision du deuil, et souligne au contraire que le paysage émotionnel du deuil est bien plus nuancé et complexe. En effet, de nombreuses personnes en deuil éprouvent et ressentent aussi des émotions « positives » en parallèle à leur tristesse, comme de la gratitude face au soutien reçu de leurs proches, de la fierté de réussir à gérer ou faire face à telle difficulté, de la joie parfois lors de l’évocation de bons souvenirs, … Il ne s’agit pas d’expériences émotionnelles inadaptées qui seraient à étouffer !
  • En effet, il est instinctif et profondément humain de ressentir toute une gamme d’émotions même en contexte d’épreuve, de perte, …. De nombreuses études montrent que ces expériences agréables, même brèves, apportent un répit essentiel pendant le deuil, favorisant la création de ressources qui aident à s’adapter.

Préjudice potentiel

  • Ce mythe peut empêcher les personnes en deuil de profiter des moments d’amour, de réconfort, de rire ou de gratitude. En effet, nombreuses sont les personnes dans ma pratique professionnelle à exprimer qu’elles vivent ce type d’expériences mais qu’elle se sentent ensuite mal, car coupables de ne pas vivre leur deuil correctement.
  • En réalité, le fait d’éprouver toute une gamme d’émotions, y compris des émotions agréables, ressourçantes, est une partie naturelle et saine du processus de deuil.

l’alternative ?

  • Ne vous sentez pas mal, ne culpabilisez pas quand vous vivez des émotions plus agréables !
  • Dîtes vous que cela est normal et qu’au contraire, ces moments de répit vous aident à mieux faire face, à avoir les ressources pour gérer les moments très douloureux …
  • Pour en savoir plus à ce sujet, n’hésitez pas à consulter les travaux de B. Fredrickson et notamment sa théorie de l’élargissement constructif des émotions positives selon laquelle, le fait d’éprouver des émotions positives permet de développer de nouvelles ressources individuelles qui participent à la construction du bien-être et en parallèle, à une augmentation des compétences permettant de faire face à l’adversité.

Conclusion

Dans ma pratique, je m’efforce de remettre en question ces mythes néfastes et de guider vers une compréhension plus réaliste du deuil. La réalité est que le deuil ne suit pas une série d’étapes, ni un calendrier précis et qu’il ne ressemble pas à ce que de nombreuses ressources décrivent !

Il se peut en effet que vous vous sentiez plein d’espoir à un moment donné et profondément accablé ou triste l’instant d’après, et c’est normal ! Acceptez que votre chagrin puisse apparaître et réapparaître à des moments inattendus … et restez conscients que ces larmes sont les témoins de l’amour que vous portez à votre proche. Célébrez également les bons moments que vous pouvez vivre et expérimentez sans culpabilité … ne les étouffez pas…. et savourez le répit qu’ils vous procurent à cet instant. Enfin, sachez qu’il est sain et non morbide de continuer à aimer et à parler de votre proche aussi longtemps que vous vivrez, c’est une façon saine de rester en contact avec eux et d’entretenir leur mémoire !

Si cet article vous a été utile, n’hésitez pas à laisser un commentaire ou à le partager autour de vous. Vous pouvez également lire et consulter nos autres articles pour vous informer sur ce qu’il est possible de faire pour favoriser un processus de deuil sain et résilient !

Vous n’êtes pas seul(e) dans ce chemin

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