L’évitement de la douleur émotionnelle pendant le deuil : comprendre et gérer

Le deuil est une expérience universelle qui touche chacun d’entre nous à un moment ou un autre de notre vie. La perte d’un être cher peut être extrêmement douloureuse et déstabilisante, entraînant une gamme d’émotions complexes et intenses. Face à cette douleur émotionnelle, il est courant que les personnes endeuillées adoptent des stratégies d’évitement pour gérer leurs émotions. Dans cet article, nous allons explorer pourquoi l’évitement est utilisé, ses conséquences potentielles, les techniques pour réduire l’évitement. Nous verrons également comment gérer la douleur émotionnelle de manière saine.

Pourquoi l’évitement ?

L’évitement est souvent utilisé comme une stratégie temporaire pour se protéger des émotions intenses et douloureuses associées à la perte. Les personnes endeuillées peuvent ainsi éviter certaines situations, lieux ou activités qui rappellent le défunt. En effet, ces rappels réactivent des émotions fortes comme la tristesse, la colère ou la culpabilité.

Situations fréquemment évitées pendant le deuil

  • Les lieux associés à la perte
    • Lieu de décès : visiter ou se rendre sur le lieu où la personne est décédée
    • Lieu de repos : aller au cimetière ou au columbarium
    • Endroits fréquentés ensemble : éviter les restaurants, parcs ou autres lieux où l’on a passé du temps avec l’être cher
  • Les objets ou souvenirs
    • Photographies ou objets personnels : regarder des photos ou manipuler des objets personnels du défunt
    • Vêtements ou accessoires : porter ou voir des vêtements ou accessoires qui appartenaient au défunt
  • Evénements et anniversaires
    • Anniversaires et fêtes : anniversaires de naissance ou de décès ainsi que les moments clés comme les vacances, Noël peuvent être difficiles à affronter …
    • Evénements familiaux : participer à des réunions familiales ou à des événements importants sans l’être cher
  • Musique et médias
    • Musiques préférées du proche : écouter ses chansons favorites
    • Films ou séries : regarder des films ou séries qui ont été vus ensemble
  • Activités partagées
    • Hobbies ou sports : continuer des activités que l’on faisait ensemble peut être difficile
    • Rituel quotidien : tous les moments du quotidien partagés (repas, …)

Autres raisons pour lesquelles les endeuillés adoptent des stratégies d’évitement

  • Peur de l’effondrement émotionnel :
    • Crainte de perdre le contrôle : les personnes en deuil peuvent craindre de perdre le contrôle de leurs émotions si elles s’exposent à des situations ou des lieux qui rappellent le défunt.
    • Maintien de l’apparence de normalité : l’évitement peut aider à maintenir une apparence de normalité et de contrôle sur ses émotions, même si cela n’est que superficiel.
  • Manque de ressources émotionnelles :
    • Epuisement émotionnel : après une perte, les ressources émotionnelles peuvent être épuisées, rendant difficile la gestion des émotions intenses sans recourir à l’évitement.
    • Besoin de récupération : l’évitement permet de se concentrer sur la récupération émotionnelle avant de s’engager dans des situations difficiles.
  • Incertitude sur la manière de gérer le deuil :
    • Manque de modèle : les personnes peuvent ne pas savoir comment gérer le deuil ou comment réagir face à certaines situations, ce qui les amène à les éviter.
    • Peur du jugement : elles peuvent craindre d’être jugées pour leur manière de gérer leur deuil, ce qui les pousse à éviter les interactions sociales. https://www.deuil-resilient.fr/comment-faire-face-a-la-perte-dun-etre-cher/

Cet évitement peut sembler être une solution pour réduire immédiatement la douleur. Seulement, il est crucial de comprendre ses limites et ses conséquences à long terme.

Conséquences et impacts de l’évitement

L’évitement pendant le deuil présente des impacts psychologiques, tant négatifs que positifs, selon la manière dont il est utilisé et sa durée.

Impacts négatifs de l’évitement

  • Prolongation du deuil : l’évitement peut prolonger le processus de deuil, en empêchant l’intégration des souvenirs et émotions liées à la perte dans la mémoire autobiographique. Ainsi, il est susceptible de conduire à un deuil compliqué ou prolongé.
  • Symptômes émotionnels exacerbés : l’évitement peut augmenter les symptômes d’anxiété et de dépression, car il empêche la résolution des émotions négatives associées à la perte.
  • Impact sur les relations et la qualité de vie : un évitement prolongé peut affecter les relations personnelles et professionnelles, ainsi que la qualité de vie globale. En effet, l’évitement prolongé limite la capacité à remplir ses rôles sociaux et à s’engager dans des activités significatives.
  • Manifestations physiques : l’évitement peut également se traduire par des symptômes physiques tels que fatigue chronique, maux de tête, troubles digestifs et affaiblissement du système immunitaire1

Impacts positifs de l’évitement

  • Protection temporaire : à court terme, l’évitement peut offrir une protection contre les émotions intenses. Il peut permettre un répit nécessaire pour restaurer l’équilibre émotionnel.
  • Gestion du stress : il peut aider à gérer le stress immédiat lié à la perte, en réduisant l’exposition à des stimulis stressants.

Différencier l’évitement sain de l’évitement pathologique

Différencier l’évitement sain de l’évitement pathologique pendant le deuil nécessite d’en comprendre les motivations et les conséquences de ces comportements. Voici quelques points clés pour faire cette distinction :

Evitement sain

  • Protection temporaire : stratégie temporaire pour se protéger des émotions intenses et permettre un répit nécessaire pour restaurer l’équilibre émotionnel.
  • Flexibilité : les personnes qui évitent de manière saine sont en mesure de revenir progressivement aux situations évitées. Ceci leur permet de traiter leurs émotions et d’intégrer la perte dans leur vie.
  • Impact limité dans la vie quotidienne : l’évitement sain n’interfère pas significativement avec les activités quotidiennes ou les relations sociales.

Evitement pathologique

  • Evitement excessif et prolongé : il est caractérisé par un évitement constant et prolongé des situations, lieux ou personnes qui rappellent la perte. Ce type d’évitement peut entraver le processus de deuil et aggraver les symptômes de détresse.
  • Impact sur la vie quotidienne : cet évitement interfère avec les relations sociales, le travail et les activités quotidiennes. Il entraîne ainsi un isolement social et une altération de la qualité de vie.
  • Symptômes associés : il est souvent accompagné de symptômes tels que la dépression, l’anxiété, la culpabilité excessive. Il peut conduire à des troubles psychiatriques ou somatiques.

Techniques pour réduire l’évitement pendant le deuil

Réduire l’évitement pendant le deuil nécessite une approche consciente et progressive. Voici quelques techniques qui peuvent aider à réduire l’évitement et à favoriser un processus de deuil plus sain :

Conscience et reconnaissance

  • Identifier les comportements d’évitement : prendre conscience des situations ou des émotions que vous évitez, lieux ou personnes qui rappellent l’être cher.
  • Accepter l’évitement temporaire : reconnaître que l’évitement peut être une réponse naturelle à court terme pour gérer les émotions intenses.

Exposition progressive

  • Retour progressif aux situations évitées : s’engager dans une exposition progressive aux situations ou aux lieux évités, avec un soutien émotionnel si nécessaire.
  • Thérapie d’exposition : elle présente plusieurs avantages autres que la diminution des comportements d’évitement, pour le processus de guérison.
    • Réduction de la détresse émotionnelle : affronter les situations redoutées de manière progressive permet de dissiper graduellement la détresse excessive liée au deuil.
    • Traitement des souvenirs traumatiques : l’exposition aide à traiter les souvenirs douloureux liés à la perte dans un cadre sécurisé. Cela permet de réduire l’impact des pensées intrusives et des flashbacks, favorisant ainsi une meilleure intégration de l’expérience traumatique.
    • Restructuration cognitive : l’exposition permet de remettre en question et de modifier les pensées négatives liées à la perte. Cela aide ainsi à développer une perspective plus équilibrée et réaliste de la situation.
    • Amélioration du contrôle émotionnel : en s’exposant aux situations redoutées, la personne endeuillée apprend à mieux gérer ses émotions et à développer des stratégies d’adaptation efficaces. Cela renforce son sentiment de contrôle et de maîtrise face à sa douleur.
    • Facilitation de l’intégration du deuil : l’exposition aide à trouver un équilibre entre affrontement et évitement, ce qui facilite l’intégration du deuil dans la vie de la personne. Cela permet également de préserver une place saine pour le souvenir de l’être cher, tout en avançant dans la vie.
  • Planification et préparation
    • Planifier des moments pour gérer le deuil : s’assurer de prendre du temps pour gérer ses émotions, par exemple, en planifiant des moments pour pleurer, réfléchir, …
    • Préparer les « déclencheurs » émotionnels : se préparer aux anniversaires, fêtes ou tout autre événement susceptible de réactiver des émotions intenses.

Gérer la douleur émotionnelle de manière saine

Pour gérer la douleur émotionnelle pendant le deuil, il est essentiel de trouver un équilibre entre l’évitement temporaire et l’engagement progressif dans le processus de deuil. Voici quelques stratégies qui peuvent être aidantes :

  • Reconnaître et accepter la douleur : partie naturelle du deuil, la reconnaître est crucial pour commencer à guérir.
  • Exprimer ses émotions : par l’écriture, la parole (avec famille, amis, groupe de soutien) ou des activités créatives ou artistiques. L’écriture dans un journal de deuil permet une expression tangible des émotions et sentiments.
  • Pratiques de soin personnel : les pratiques de pleine conscience, la méditation, et les exercices de respiration. Ces techniques peuvent aider à calmer l’esprit et réduire le stress. L’exercice physique régulier peut également soulager la douleur émotionnelle en libérant des endorphines qui améliorent l’humeur.
  • Soutien professionnel : consulter un conseiller ou thérapeute de deuil peut fournir des outils pour gérer les émotions complexes et surmonter les obstacles au processus de deuil.

Conclusion

L’évitement de la douleur émotionnelle pendant le deuil est une stratégie courante. Il est cependant important de la gérer de manière saine pour favoriser une guérison complète. En reconnaissant la nécessité de l’évitement temporaire, tout en encourageant l’expression et la gestion progressive des émotions, les personnes endeuillées peuvent retrouver un équilibre émotionnel et intégrer la perte dans leur vie de manière significative. Le soutien social et professionnel est essentiel pour naviguer dans ce processus complexe et trouver un chemin vers la guérison.

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  1. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(07)61816-9 ↩︎

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